Secteur Pastoral Saint Jean-Paul II de Sénart

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Minutes de la soirée : Parole libre sur la pédo-criminalité

Tenue le 28 mai 2019 au CPP à Draveil

Comme le dit Père Jordi:

Ne pas oublier que PEDO-PHILE veut dire qui AIME les ENFANTS, or ces monstres n'aiment pas les enfants...

Donc nous allons parler plutôt de PEDO-CRIMINALITE

Jordi, responsable du secteur ouvre la soirée en précisant le mal que cela lui fait, notre impuissance pour changer l’ensemble de l’Eglise, mais ce soir échangeons sur les craintes/ les attentes/ et ce que nous pouvons faire localement.

Ce qui s’est dit, plus par chronologie que hiérarchisé :

* Le SILENCE : cette culture dans l’Eglise n’est plus acceptable et jette le discrédit même en interne. Un prêtre est déplacé subitement, et aucune information n’est communiquée. Seules circulent des rumeurs. Tout en préservant les personnes, il est important d’arrêter cette culture du secret.

*longue discussion sur le sacrement de réconciliation/la confession. Ce qui est dit sur des actes pédo-criminels dans le cadre de la confession, reste sous le secret. C’est important pour que celui qui a commis un acte criminel ait un lieu pour en parler Le prêtre peut refuser de donner l’absolution, et insister pour que la personne aille se dénoncer si elle est passée à l’acte, ou aille se faire aider, accompagner si elle se sent attirée.

*La question : quelles sont les causes de la pédo-criminalité même dans l’Eglise ? soulève les questions de quelles transformations doivent y être apportées, dans l’organisation et dans le fonctionnement ?

**Est-ce lié à une sous représentativité des femmes dans les instances dirigeantes de l’Eglise ?

**Au fait qu’il n’y a pas d’hommes mariés ? et plus généralement aux rapports Homme- Femme-Enfant dans l’Eglise ? la relation au corps/ à l’affectif ?

**Que le pouvoir y est souvent solitaire ?

** Que dans la formation des prêtres il y avait peu de place pour les sciences humaines ?

**Certains aspects ont beaucoup évolué ces dernières années, mais les attentes des victimes et de leur entourage sont tout de suite ! faut-il un concile pour revoir en profondeur ces questions ?

Les atermoiements par rapport aux dossiers du cardinal Barbarin, et du nonce génèrent de l’incompréhension et de la colère. Cela laisse l’impression de belles paroles, mais pas d’actes concrets.

* échanges sur la culture du déplacement dans une autre paroisse, dans un autre diocèse, lorsque de tels actes étaient supposés ou constatés. Tout en préservant la présomption d’innocence, il est impératif de protéger de tout risque de « récidive » Les droits de l’enfant il y a 50 ans n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Par ailleurs la culture « mai 68 » où il ne fallait plus d’interdits et que c’était même « tendance » d’avoir des relations sexuelles avec des enfants, est insupportable aujourd’hui. Il suffit de se référer à des livres ou à des interviews de personnalités, de « people » de l’époque. Cela n’enlève rien à la responsabilité de l’Eglise, dont l’existence n’a de sens que de protéger « les petits ». Il y a Matthieu 25 et il y a aussi Matthieu 18 : « Mais quiconque entraîne la chute d’un seul de ces petits qui crient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui attache au cou une grosse meule et qu’on le précipite dans l’abîme de la mer ». Nous avons à notre disposition maintenant les sciences humaines qui éclairent notre compréhension de la relation adulte/enfant. En France cela a commencé par Françoise Dolto qui a écrit en ???? : L’Enfant est une Personne.

* échange sur les demandes d’excuse/de pardon, faits par l’Eglise, ou par des accusés. Elles ne suffisent pas, mais pour les victimes c’est important dans leur processus de reconstruction.

*une intervention porte sur la responsabilité des relations moins distantes avec les prêtres : tutoiements, bises au lieu de serrer la main.

* Longues discussions sur le rôle des parents :

**Dans toutes les affaires qui en ce moment tarissent l’image de l’église nous parlons que de la « responsabilité » de l’église comme l’institution, mais nous parlons peu ou pas du tout de la responsabilité personnelle de l’agresseur qui lui « membre de l’église » ou non est quelqu’un de dérangé. Alors, dans cette réflexion, je me permets de souligner mon étonnement et ma tristesse quand je vois que ce soir nous n’avons pratiquement aucun parent si nous ne comptons pas les catéchistes présents ! Sont-ils pas concernés par tout cela ? Ils n’ont pas une responsabilité de l’éducation ? Quand je dis l’éducation je parle de ce que nous avions avec nos parents autrefois, le temps accordé pour l’écoute de son enfant ; Ainsi, un enfant abusé n’attendra pas 30 ans pour exprimer sa souffrance ou s’il s’exprime déjà un parent doit être capable d’accueillir convenablement ce que son enfant lui annonce et doit tout faire pour l’aider au mieux et non pas cacher les faits parce que « c ’est honteux ». Aussi, est-ce que par manque de temps ou par le fait de « libération » des esprits, il me semble que très peu de parents inculquent à leur enfants une prise de conscience de leur corps et ce qui est autorisé ou non à faire avec (ce qu’on appelle la pudeur). Si les enfants étaient informés que certaines personnes sont susceptibles de leur faire du mal et que toute parole ou geste « inapproprié » devrait être évité et dénonce de suite, certains faits seront limités et les prédateurs arrêtés avant qu’ils n’aient eu le temps de violer multiples fois. Et puis, la tenue vestimentaire qui est telle que nous n’arrivons plus à déterminer l’âge de l’enfant (est-ce une femme ou une fillette de 14 ans ?) ne joue-t-elle pas au profit des malades (pédo-criminels) ?

Comment faire prendre conscience aux parents que c’est leurs enfants qui sont en danger ? Comment mettre en avant le bien-être et la sécurité de l’enfant ? Faut-il que cela arrive encore et encore pour que le temps nécessaire puisse être accordé à cette question qui n’est plus celle qui préoccupe les autres ?

** De nos jours, tout enfant est susceptible d'être victime de pédophilie, c'est à dire dans le cadre scolaire, familiale et ecclésiale.

Toutefois lorsque nous regardons la société de 2019 nous voyons très clairement que le mode de vie des familles est tout à fait différents d'il y a dix ans. 

Les enfants sont hyper sexualisés dès le CM2 et on accès aux réseaux sociaux ainsi que d'autres plateformes de streaming que les parents ne contrôlent plus. De nos jours, il n'est pas rare de voir un enfant se balader seul dans les rues, et même lors des repas de famille ils ne racontent pas ce qu'ils vivent réellement.

Les parents ne s'occupent plus de l'éducation de leurs enfants et ce sont les médias qui s'en chargent à leurs place.

Les enfants passent 80% de leurs temps en extérieur (écoles, club etc) et cherchent leurs repères. Si dans le cadre familial il n'y en a aucun, alors l'enfant ne pourra pas se construire correctement et donc ne saura pas comment se protéger ni faire face aux actions qu'englobe la pédophilie.

Si les parents mettaient clairement des consignes à suivre à leurs enfants alors nous pourrons diminuer le risque de pédophilie. Par exemple: il faut qu'un enfant sache qu'il ne doit pas rester seul dans un endroit isolé avec un homme, il y a un code vestimentaire à respecter selon le lieux où l'on se rend, il y a un comportement à avoir avec les membres ecclésiales, en cas d'attouchement sexuelle il faut directement le dire à ses parents. Un climat d'écoute et de confiance devrait être instauré au sein des familles.

Comme initiatives je propose de convoquer les parents afin d'éveiller leurs conscience et de les éduquer dans le sens premier du verbe "éduquer"  c'est à dire "développer chez quelqu'un, un groupe, certaines aptitudes, certaines connaissances, une forme de culture".

Nous sommes obligés de les convoquer et non de les invités car ils ont tendance à se déresponsabiliser.

Ces « regards » sur les parents n’enlèvent rien à la responsabilité des prédateurs.

* Une catéchiste rapporte des questions/remarques faites par des enfants du caté :

** si Dieu pardonne aux prêtes qui abusent des enfants alors qui me protège ? Puis- je encore croire en notre seigneur ? Pourquoi pardonne-t-il à ces personnes ?

** en permettant aux prêtres de se marier cela permettrait peut- être de moins avoir ce genre de problème ?

** tu as dit que Dieu c’est l’amour et le pardon. Mais j’ai vu ces reportages sur Arte et je doute. Si la religion pardonne ça alors moi je ne veux plus croire. Comment faire confiance ?

IL faudra bien leur apporter des réponses vraies.

*Il y a une culture à changer, c’est le regard sur le prêtre en dehors des sacrements : Ce n’est pas « l’Homme parfait » tel qu’il était inculqué dans l’Eglise dans certains milieux. Ce n’est pas « Dieu sur terre » mais un homme, un frère.

* Comme il est dit à Saint François d’Assise : « IL faut réparer l’Eglise du Christ ».

* La culture de la « Transparence » dans l’Eglise est un chantier à mettre en œuvre impérativement.

*Nous pouvons regretter/ refuser / hurler de douleur mais le FAIT est LA, et nous devons donc agir en conséquence, en le regardant en face. Il n’y a pas que la cathédrale Notre Dame de Paris qui a brulé, la maison Eglise brule...

*Quelle attitude quand un enfant se jette dans nos bras en toute confiance/tendresse ? L’adulte soit est assez solide pour avoir un vrai geste de tendresse en réponse, soit, s’il se sent fragile ou que son geste risque d’être mal interprété, prendre un peu de distance…

*IL est clairement / explicitement exigé dans l’Eglise de mettre au centre les victimes et non plus l’institution. Les prédateurs qui sont des personnes doivent être accompagnés sur leur chemin de conversion, comme tout être et les aumôniers de prison le pratiquent déjà, mais les victimes doivent aussi et d’abord être écoutées/ accompagnées pour un chemin de guérison par rapport à leurs douleurs physiques/psychiques/ émotionnelles/spirituelles. Il leur faut parfois plusieurs décennies avant de pouvoir oser se l’avouer, et y mettre des mots.

* Les films, émissions TV, livres, débats qui viennent de sortir exposent enfin la situation, dans l’Eglise, mais aussi dans toutes les structures où sont accueillis des enfants. La relation à l’Enfant est enfin en train d’évoluer et ce partout dans le monde même s’il y a encore des régions du monde, des communautés, dans le déni.

* Il est urgent de sensibiliser les enfants au fait que « mon corps, c’est Mon corps » ; « Qui suis-je pour être respecté et respecter les autres ? »  Et les parents ont un grand rôle dans cette prise de conscience à généraliser.

Propositions concrètes pour le secteur Jean-Paul2 de Sénart Draveil :

*Faire des séances de formation aux catéchistes et aux animateurs. Il faut utiliser les documents diffusés lors des formations du diocèse d’Evry, et aussi celles utilisées dans le monde scolaire.

* en parler aux parents, lors des rencontres où ils sont présents

*Se former aussi en lisant les livres qui sortent sur le sujet :

          Marie-Jo THIEL, « Document épiscopat N° 10 « 1998 mais toujours d’actualité

           Pascal IDE, « Manipulateurs », Editions de l’Emmanuel 2016

           Véronique Margron, « Un moment de Vérité » 2019

*Voir quel film projeter lors des rencontres avec les parents. Il y en a qui sont durs.

« Grâce à Dieu « va sortir en DVD le 3 juillet 2019.

*Passer l’information au responsable de secteur pour se coordonner sur qui a reçu de l’information et de la formation.

*Doit normalement déjà être appliqué partout dans le secteur, qu’un adulte ne reste pas enfermé seul dans une pièce avec un enfant.

*Dans les entreprises la règle depuis des années est : pas de hiérarchique, ou quelqu’un ayant de l’ascendant enfermé seul avec une personne sous sa responsabilité/ son influence. Les personnes doivent être visibles par d’autres. Il est donc simple de l’appliquer dans notre secteur.

 

En complément sur ce sujet vient d’être mis sur le site du diocèse le 3 juin 2019 :

Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE)

La révélation des abus sexuels dans l’Église catholique de France a, à juste titre, profondément choqué l’opinion publique. Pour que toute la lumière soit faite sur ce fléau, l’Église, par la voix de la Conférence des évêques de France (CEF) et de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF), a demandé à Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’État, de constituer et de présider sur ce sujet une commission indépendante qui a été mise en place en février 2019. Cette commission lance aujourd’hui un appel à témoignages pour que toutes les personnes concernées lui permettent d’accomplir un travail de vérité. Site dédié